SAINT GAULTIER


 

« Celui qui prétend faire l’inventaire du réel, proclame des espaces logiques illusoires, et classifie les êtres et les objets dans d’hypothétiques catégories dont il est le seul dépositaire. »

                                        Antoine d’Agata, Manifeste, Le point du jour éditeur, 2005.

 

Le regard que je porte sur Saint Gaultier aurait pu fabriquer les souvenirs des plus beaux jours de mon enfance à travers l’image d’Épinal de la charmante bourgade française située au bord de la Creuse. Mais la disparition d’un être cher, la quête de l’absent et finalement de moi-même, m’ont placé dans une autre position : celle de l’étranger, de l’observateur indépendant, distant, passif et muet qui tente de ressentir les caractéristiques physiques des lieux.

La signalétique, le mobilier urbain, les espaces de repos incertains, le bâti ordinaire, les blessures laissées par le temps qui se lisent sur les murs, la disparition des commerçants témoignent des mutations urbaines de la ville. Mais ces signes, à la portée du regard des passants, dévoilent aussi une réalité que je n’avais pas perçue initialement : c’est le temps plus que l’espace qui définit Saint Gaultier. « Construire et détruire sont égaux en importance » disait Paul Valéry. Les mutations urbaines nous émeuvent ou nous glacent. Mais c’est le ressenti qui en naît qui caractérise le mieux la ville.

Cet étrange parcours à travers ces lieux agonisants tente d’encourager le spectateur à se faire porter par le temps. Le temps – qui passe et qui lasse - lorsque je lis cette phrase gravée sur un mur : « l’ennui est un crime, Saint Gaultier devrait être puni ».

Ces photographies voudraient ainsi être comme les silences qui donnent sens à notre langage.

 

 
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